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Post démocratiquement chiant

La démocratie, telle que nous la pratiquons, reste une belle utopie.
En effet, elle représente, dixit les dictionnaires, le pouvoir exercé par le peuple (du grec "dèmos" = "peuple" et "kratos" = "souveraineté").

Mais comment l'expliquer ?
Les grecs n'en avaient qu'une vision restreinte, puisqu'à Athènes, seuls les hommes "libres" avaient le droit de décider. Ce qui représentait tout au plus 6000 personnes sur 40000 habitants.

De nos jours, nous élisons des représentants qui décident en notre nom, puisque chacun d'eux est ainsi notre porte-parole.
En démocratie, la majorité l'emporte. C'est beau.
Mais voilà : qui croira que la minorité va se rallier de bonne grâce, accepter systématiquement d'être bonne perdante ?
C'est ce que notre démocratie veut nous faire avaler.

Car, puisqu'un vote libre a déterminé que plus de 50% des suffrages exprimés, alors les moins de 50% restants se sont - démocratiquement bien sûr - trompés et doivent se taire.
C'est ça, la démocratie.

Bien sûr, personne n'est d'accord, et moi le premier, avec cette vision presque "terroriste" de la démocratie.
La majorité se doit, de nos jours, d'avoir le triomphe modeste et d'écouter (un peu) les minorités. Mais c'est là que tout se bloque et que tout dérape.

Exemple n°1 :
Lorsqu'un syndicat (je ne vise personne... quoique... sourire...) fait voter à main levée la poursuite (ou non) d'une action de grève, est-ce encore de la démocratie ? Lorsqu'on connaît la pression exercée par le groupe sur chaque individu qui le compose, on ne peut que se faire le chantre du vote à bulletin secret.

Exemple n°2 :
En vertu d'un adage déjà mentionné dans un précédent post, "l'intérêt de la somme des individus n'est pas égal à la somme des intérêts individuels".
Je pense que cela se défend, et dans notre pays, chacun conviendra que l'intérêt de la France (sous-entendu du peuple français) peut raisonnablement ne pas être en phase avec nombre des intérêts de Français, pris en tant qu'individus.
Surtout qu'il suffit de nous demander notre avis pour que nous ayons immédiatement 60 millions de points de vue différents sur la question !

Exemple n°3
Lorsqu'on juge de ne retenir que la majorité des suffrages exprimés pour déterminer le résultat d'une consultation nationale, cela peut me laisser très dubitatif.
Jugez plutôt, en prenant les chiffres du dernier référendum sur la Constitution Européenne, du 29 mai 2005 (sources statistiques ici : http://francepolitique.free.fr/referendum2005.htm)
- 60 millions d'habitants en France (approximativement)
- 41,7 millions d'inscrits sur les listes électorales (69,5 % des habitants)
- 12,8 millions d'abstentions (21,3 % de "pêcheurs à la ligne")
- 28,2 millions de suffrages exprimés (47% des habitants)
- 12,8 millions de bulletins "OUI" (21,3 % des habitants)
- 15,4 millions de bulletins "NON" (25,6 % des habitants)

Donc finalement, c'est 25% de personnes qui décident pour 75% des autres, d'après cet exemple qui n'est pas forcément celui où les écarts sont excessifs, il y a eu "pire".
Est-ce encore de la démocratie ? Oui, sur le papier.
Dans la réalité, mon bon sens me dit que c'est plus proche du "foutage de gueule", et encore, je suis poli !

InseeD'où finalement la réflexion qui me fait dire que la démocratie est parfois un régime bien hypocrite, et un des pires pour gouverner. A demander l'avis des habitants, on s'expose à leurs réponses exprimées sous le coup de l'humeur du moment, de la colère, du ressentiment, des campagnes démagogiques qui manipulent l'opinion.
Tout en leur faisant croire qu'ils sont maîtres de leur destin.

Une dictature (même si je ne partage surtout pas cette inclination !) ne serait-elle pas, à tout prendre, plus honnête ? Une fois que le tyran est choisi, on ne tergiverse pas et on ne peut que suivre ses décisions, sans vous faire croire que c'est vous qui influez sur ses choix.
Et le pays qu'il conduit avance, peut-être pas dans la bonne direction, mais il avance.
Alors que nous ne pouvons que constater, d'une élection à l'autre, un louvoiement d'un bord à l'autre, la marche en zig-zag ne semblant pourtant pas le plus court des chemins pour aller d'un point à un autre.

Mais c'est démocratique, après tout.

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