Cela avait commencé comme un jeu, un défi.
M. m'avait fait part d'une réticence qu'elle éprouvait, qui était de pouvoir se donner du plaisir devant un partenaire.
Geste tellement intime de se caresser, de prendre possession de son corps, de révéler comment l'on peut s'abandonner à une sensation distillée de sa propre main.
Alors, pour dédramatiser ce blocage, et parce que l'idée, au-delà du trouble, était également terriblement excitante, je me suis décidé le premier.
Dans la chambre, je me suis allongé. Nu.
J'ai demandé à M. de me bander les yeux, afin de mieux faire abstraction de cette gêne, du contexte inhabituel de la situation.
Puis elle m'a enduit les mains d'huile de rose. Et mes mains ont trouvé le chemin. Les gestes habituels, tant de fois accomplis, se sont rappelés, se sont invités. En sa présence.
Je ne pouvais pas totalement oublier où je me trouvais, ni même avec qui j'étais.
Car je sentais ses mains, sa bouche sur moi... elle n'a pu résister au plaisir d'accompagner mon désir qui grandissait au bout de mes doigts...
Et la sensation en fut décuplée. Enorme. Irrésistible. Irrépressible.
Lorsque j'ôtai mon bandeau pour la serrer contre moi, je sus que plus jamais je ne pourrais me caresser sans penser à M.
Mon plaisir solitaire ne le sera plus. A jamais.