Bien sûr, j'avais déjà découvert avec M. les sensations troubles qu'apportent un jeu de foulards, sur les yeux ou autour des poignets : se livrer au plaisir de son partenaire.
Mais jusqu'ici, j'étais toujours resté conscient, c'est-à-dire vivant et contrôlant presque chaque seconde, chaque sensation, en pouvant me connecter (ou me déconnecter) à volonté des instants vécus.
Aucune perte de contrôle, de conscience. La sonnerie d'un téléphone ou un bruit ambiant auraient pu me faire réagir dans la seconde. Je sentais que je maîtrisais tout.
Bien sûr aussi, je percevais toutes les sensations des caresses données ou reçues...
Je n'étais pas insensible, loin de là !
Mais ce mardi, pour la première fois, j'ai voulu, consciemment, délibéremment, volontairement, ne pas contrôler.
Me laisser aller, me livrer, ne pas chercher à contrôler. Abdiquer toute volonté.
J'ai confiance en Elle, pour me livrer entièrement. Enfin.
Ce ne fut toutefois pas évident, et M. m'a remis quelques fois "en place", tant les habitudes étaient tenaces : même attaché, mon corps voulait "vivre" et agir.
Hors ce n'était pas le but. Il me fallait subir. Subir son contrôle. À Elle.
Et là, dans le noir complet derrière ce bandeau de soie, impuissant les mains attachées au ciel, dans une position presque douloureuse, je me suis livré. Nu. Sans défense. Sans contrôle.
Elle a joué avec mon corps. S'en servant comme d'un jouet. Comme d'un objet.
Et rien n'a été déplaisant. Loin de là. Ses mains sur moi. L'odeur d'huile de rose. Ses caresses ainsi adoucies par ce liquide onctueux qui enveloppait tout d'une soyeuse torture...
Et je me suis offert. À ses mains. À sa bouche. À ses audaces. À ses curiosités.
Pour mon plus grand plaisir... et le sien...
Je ne sais plus combien de temps j'ai retenu mon souffle ni combien de temps j'ai gémi.
Combien de temps je me suis cambré, tétanisé, supplié qu'elle me délivre de cette insupportable attente, au paroxysme du plaisir...
Mais c'est Elle qui contrôlait. Qui donnait le rythme. Qui maîtrisait.
Je me souviens de ces instants. De ce vertige qui m'a gagné. De cette conscience que j'ai perdue.
Je me souviens de ce plaisir qui m'a enveloppé. Qui m'a tétanisé, ankylosé, paralysé...
Je me souviens de mon corps qui n'en pouvait plus. De mon esprit qui criait et gémissait pour que l'orgasme salvateur et apaisant arrive enfin...
Je me souviens... que j'ai perdu pied avec la réalité. Que je ne contrôlais plus. Que j'avais mal. Que j'étais bien.
Je me souviens...
Je me souviens être resté pantelant, anéanti, poupée de chiffon juste après...
Je me souviens de la tendresse... des pleurs que j'ai failli verser... de bonheur...
Je me souviens...
Encore................... j'en veux encore...........