• Neverland...

    NeverlandJ'avoue qu'étant plus jeune, je me figurais que, lorsqu'on grandissait, on changeait, on mûrissait, une sorte de transformation, de mue, de mutation de l'intérieur.
    Je me suis toujours attendu, un peu naïvement, comme dans un Kafka intime, à me retrouver, un beau matin, métamorphosé en adulte, sûr de lui, le type qui en impose, un séducteur viril, entre James Bond et Superman...

    Alors, patiemment, j'ai continué à attendre. Timide, un peu timoré, me contentant de faire rire, parfois avec succès en monopolisant, comme dans un éphémère état de grâce, l'attention de l'entourage du moment.

    Je m'imaginais tour à tour artiste, écrivain, musicien, prestidigitateur, acteur comme mes idoles, ou bien aventurier intrépide ou chevalier. J'ai fait mille métiers dans ma tête, parcouru mille mondes, vécu mille aventures incroyables.
    J'ai parfois couché ces rêves sur le papier, car j'aime écrire. Poèmes ou états d'âme, mon imaginaire ne s'appelait pas encore "virtuel", à cette époque.

    Lorsque les événements de la réalité me rattrappaient, le décalage était souvent fort, les deux mondes ne cohabitant pas sans quelques cahots. Reprendre pied dans la réalité n'était pas sans difficulté, sans heurs, sans susciter en moi quelques souffrances, des inquiétudes et des doutes. Il m'était plus facile de gérer mes rêves que cet univers sur lequel je n'avais aucune prise : un examen, un concours, un engagement, un enfant...
    Je me demande parfois si je n'ai pas rêvé tous ces événements...

    J'ai dit récemment à un membre de ma famille, qu'à mon avis, je m'étais toujours amusé même dans ma vie professionnelle, sans jamais avoir eu l'impression de travailler.
    Et pourtant... je passe pour un bosseur souvent acharné, consciencieux, presque perfectionniste (c'est du moins ce qu'on dit de moi), alors qu'à mon avis, je serais plutôt à ranger dans la catégorie des joueurs compulsifs : mon travail n'est qu'un jeu de plus !
    D'ailleurs, dans ma vie, tout n'est que prétexte à jouer ou à rêver : la nourriture dans mon assiette, les pavés du trottoir, les nuages dans le ciel, un livre, un trombone, un crayon, un ordinateur...
    Bien sûr, dans mon métier, les gens dont je suis responsable ou mes supérieurs ne savent pas qui est le gamin qui les dirige ou prend en charge les responsabilités qui lui sont confiées.
    Ils apprécient ma disponibilité, ma façon d'être, de communiquer, toujours souriant... Mais en fait, je joue...
    Il me suffit d'imaginer une scène pour camper le personnage qu'ils attendent ou que j'imagine capable de répondre au mieux des circonstances...
    Oui, je joue encore... et toujours...

    Le seul domaine où je ne joue pas, ce sont mes sentiments. Je suis sensible... très sensible... mais gauche et maladroit car, pour le coup, ma désinvolture et ma faconde habituelles sont prises en défaut... un peu comme ces animaux, virtuoses dans l'air ou dans l'eau, et qui sont si malhabiles et patauds sur terre...
    Ce qui n'a pas été sans me jouer des tours, faisant de moi un grand timide. Il n'y a guère que depuis quelques temps, j'ose prendre sur moi pour paraître avoir plus d'assurance... même si c'est un combat que je mène un peu contre moi-même...

    Mes enfants me considèrent parfois comme plus gamin qu'eux.
    Le temps qui passe me pousse à m'interroger : j'ai toujours les mêmes rêves, la même envie de jouer...
    Devient-on adulte un jour ?
    Ou bien devrai-je m'habituer et me contenter de jouer, encore et encore, faire rire et sourire ?
    Finalement, c'est peut-être aussi bien...

    Et moi qui rêvait de devenir comme Harrison Ford ou Sean Connery, je ressemblerai plutôt à Jim Carrey ou à Robin Williams...
    Et ce n'est déjà pas si mal...


  • Commentaires

    1
    Nicolas
    Mardi 22 Février 2005 à 14:23
    Charmant charmeur...
    Qui un jour a charmé, toujours charmera... On est tous des gamins, heureusement...
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