• L'hirondelle et le boche

    Autre reportage entendu sur France-info ce matin :
    Il s'agit des français nés sous l'occupation, des amours entre des françaises et des soldats allemands.

    L'article concernait un de ces enfants, âgé maintenant d'une cinquantaine d'années, et qui racontait son mal-être et l'enfer qu'avait pu être sa vie, au sortir des années de guerre, alors qu'il était encore enfant.

    Un jour, le maire du village, devant tout le monde, l'a apostrophé en disant à la cantonade : "Connaissez-vous la différence entre une hirondelle et un boche ? une hirondelle vient, fait ses petits, et les emmène avec elle lorsqu'elle s'en va. Les boches laissent leurs petits lorsqu'ils s'en vont."

    Abîmes insondables de la connerie humaine dans toutes sa splendeur !
    J'ai parfois honte de faire partie d'une telle humanité !

    Qui sommes-nous pour reprocher à des enfants innocents les actes ou les comportements de leurs parents ? Et ces actes, actes d'amour s'il en est, sont-ils si horribles que cela ?
    Car même si les Allemands étaient la puissance occupante, tous n'étaient pas des SS, des sanguinaires, des tortionnaires. Beaucoup étaient hébergés dans des familles françaises, réquisitionnées sans pouvoir s'y opposer.

    Que ces soldats aient pu apporter un peu d'humanité, de sourire, de bonté, d'amour dans ces foyers rationnés, occupés... cela les rend-ils horribles pour autant ?
    Quand les hommes ne se conduisent pas comme des bêtes, des soudards, faut-il le leur reprocher ?

    Pour parler d'un cas qui m'est personnel, durant la seconde guerre mondiale, en 1943, ma mère avait 8 ans. Famille nombreuse de 7 enfants, ils ont été réquisitionnés pour loger un officier de la Wehrmacht. Le rationnement alimentaire était un combat quotidien pour mes grands-parents et leurs enfants, pour assurer les repas de 9 personnes.

    Alors, quand cet officier, dont le comportement a été exemplaire de savoir-vivre, jouait avec ma mère et ses frères et sœurs, quand il offrait quelque cadeau en nourriture, acte dérisoire mais qui représentait énormément en ces temps sombres où, pour Noël, on était heureux d'avoir une orange dans ses souliers, comment ne pas être ému et touché ?

    J'ignore ce qu'est devenu cet officier, ni s'il est encore envie actuellement. Cela fait 60 ans...
    Je sais que je porte le même prénom que lui, et je peux vous dire que j'en suis fier, car je ne peux m'empêcher de penser que, peut-être très inconsciemment, ma mère a été touchée par cet homme qui, en ses heures bien pénibles, a pu ensoleiller un tout petit peu son enfance...

    Pour en revenir au sujet évoqué, mais avec le recul de cet exemple personnel, je suis encore atterré des comportements qu'ont pu manifester les hommes à la fin de la guerre.
    Qu'on soit heureux d'être libéré, oui ! Qu'on juge les comportements répréhensibles, oui également ! Qu'on se venge, qu'on humilie des gens, c'est du lynchage et, comme tel, c'est inadmissible !

    Je ne fais pas non plus de différence avec ces pauvres femmes tondues, dont les photos découvertes dans les revues d'histoire à mon adolescence, m'ont révolté. Comment peut-on humilier ainsi gratuitement des êtres humains ? Au nom de qui ? Au nom de quoi ?
    Qu'un tribunal souverain et légitime se prononce, oui.
    Mais le jugement populaire, de la "populace", je l'abhorre, je le vomis, car il est tout sauf impartial, censé, mesuré et juste.
    ______________________
    Charmeur, non-populaire...


  • Commentaires

    1
    Tschok
    Jeudi 29 Avril 2004 à 14:16
    Après guerre
    Ton article me rappelle une réplique sublime d'Arletty qui, répondant au président du tribunal qui la jugeait, à la libération, pour ses coupables relations avec des officiers allemands, lui répondit: "Mais, Monsieur le président, fallait pas les laisser entrer".
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